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Force unifiée AES : stratégies pour renforcer la sécurité au Sahel

comment la force unifiée de l’AES peut-elle transformer la sécurité au Sahel ?

Le général Assimi Goïta, président de la transition au Mali, passe en revue des troupes en tenue militaire avec béret vert et cache-nez

Crédit photo, Présidence de la République du Mali

Les dirigeants du Mali, du Burkina Faso et du Niger se réunissent à Bamako pour une session cruciale de la Confédération des États du Sahel (AES). L’objectif principal : évaluer les avancées de la Force unifiée de l’AES (FU-AES), lancée officiellement fin décembre 2025, et tracer une feuille de route pour renforcer la sécurité régionale. Cette rencontre intervient un an après le sommet fondateur de Niamey, où les trois États avaient acté leur volonté de mutualiser leurs moyens pour contrer les menaces djihadistes.

Selon le Centre d’information gouvernementale du Mali, les discussions porteront sur plusieurs axes : le bilan sécuritaire de l’année écoulée, les défis diplomatiques et de développement, ainsi que la désignation d’un nouveau président pour la confédération. Une priorité sera donnée à l’opérationnalisation des institutions de l’AES, avec une attention particulière sur les enjeux transfrontaliers et les relations internationales.

qu’est-ce que la force unifiée de l’AES ?

Véhicule militaire jaune avec une affiche indiquant 'FU-AES'

Crédit photo, Présidence de la République du Mali

Face à l’augmentation des attaques transfrontalières et à la mobilité des groupes armés, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont décidé de fusionner leurs forces militaires. Cette Force unifiée de l’AES, forte de 5 000 soldats, vise à renforcer la coordination entre les armées des trois pays, partager les renseignements et synchroniser les opérations. Dirigée par le Général Daouda Traoré du Burkina Faso, elle a pour mission de sécuriser les zones frontalières vulnérables et de neutraliser les sanctuaires criminels.

Le Général Sadio Camara, ministre malien de la Défense, a souligné que la création de cette force représente un engagement irréversible des trois États. « La paix, la sécurité et la souveraineté ne se délèguent pas », a-t-il déclaré, mettant en avant les valeurs de solidarité et de dignité sahéliennes.

comment la force unifiée peut-elle atteindre ses objectifs ?

Soldats de la Force unifiée de l’AES en opération

Crédit photo, Présidence de la République du Mali

Pour que la FU-AES soit efficace, plusieurs leviers doivent être actionnés. Fiacre Vidjenagninou, Chercheur Principal au Behanzin Institute (Cotonou) et Chercheur associé Senior à l’Egmont Institute (Bruxelles), identifie trois piliers essentiels :

  • La concentration des efforts : Cibler les zones où les groupes armés sont les plus structurés, en priorisant les actions là où l’ennemi est vulnérable.
  • L’intégration du renseignement-action : Collecter, fusionner et exploiter rapidement les informations pour des frappes ciblées, tout en maintenant une présence durable sur le terrain.
  • La gouvernance et la stabilisation : Assurer une sécurité permanente aux populations, protéger les marchés et les villages, et rétablir la justice locale pour éviter la résurgence des violences.

« Une force peut gagner des batailles, mais sans une gouvernance minimale, elle ne parvient pas à stabiliser durablement une région », explique-t-il. Il met en garde contre une approche purement militaire : « Aller frapper et repartir ne suffit plus. Les groupes armés reviennent, et la méfiance des populations persiste. Il faut contrôler les axes, sécuriser les zones de vie et rassurer les civils. »

Une expansion progressive pour éviter les pièges

Fiacre Vidjenagninou recommande une approche par étapes pour éviter les écueils liés à une intégration trop rapide. Selon lui, la stratégie la plus efficace serait de commencer avec les trois pays membres actuels, puis d’étendre progressivement la coopération à des voisins clés, en ciblant des couloirs précis et en renforçant les accords transfrontaliers. La confiance doit s’installer avant d’envisager une intégration formelle.

« Le succès de la Force unifiée de l’AES dépendra de sa capacité à commander ensemble, à tenir le terrain et à produire des résultats tangibles pour les populations », conclut-il.

les enjeux du sommet de Bamako

De gauche à droite : le général Abdourahamane Tiani (Niger), le colonel Assimi Goïta (Mali) et le capitaine Ibrahim Traoré (Burkina Faso) lors du sommet de la Confédération des États du Sahel à Niamey en juillet 2024

Crédit photo, Getty Images

Le sommet de Bamako, qui se tient sur deux jours, permettra aux chefs d’État de l’AES de faire un point d’étape avec le commandement de la FU-AES. Plusieurs projets structurants seront également lancés :

  • La Télévision de l’AES, basée à Bamako, dont le rôle sera de renforcer la communication institutionnelle.
  • La Radio Daandè Liptako (« La Voix du Liptako »), basée à Ouagadougou, dédiée à la diffusion d’informations locales et régionales.
  • La Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA, pour financer des projets économiques transfrontaliers.

Ces initiatives s’inscrivent dans une dynamique plus large : celle de la création de l’AES en septembre 2023, puis de sa transformation en confédération en juillet 2024. Cette alliance, née des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger, vise à redéfinir les relations régionales et à affirmer la souveraineté de ces États face aux pressions extérieures.

Alors que les menaces djihadistes persistent aux frontières, la Force unifiée de l’AES représente un espoir de stabilisation. Mais son succès dépendra de sa capacité à concilier efficacité militaire et gouvernance locale, tout en évitant les pièges d’une expansion trop rapide.